Le philhellénisme a constitué un mouvement extrêmement important en France, qui a contribué au succès de la révolution de 1821 et à la création de l’État grec moderne.

Au cours du XVIIIe siècle, la Renaissance et les Lumières ont créé un courant de retour vers la Grèce classique, désormais reconnue comme la mère de la culture occidentale. De nombreux scientifiques, archéologues, historiens, intellectuels, artistes, se sont rendus en Grèce en tant que voyageurs depuis la fin du XVIIIe siècle et ont découvert, sur les traces de Pausanias, la civilisation grecque. Le travail de l’académicien français et ambassadeur de France à Constantinople, comte Choiseul-Gouffier (1752-1817), Voyage pittoresque de la Grèce, est particulièrement emblématique.

Choiseul-Gouffier était un des élèves de l’archéologue et auteur, grand philhellène, abée Jean-Jacques Barthélemy, qui a aussi inspiré avec son travail Rigas Feraios pour la conception de sa carte.

Choiseul-Gouffier était nommé en 1809, président de l’Hôtel Hellénophone, une société secrète prérévolutionnaire en France, qui avait pour objectif la régénération intellectuelle et l’illumination des Grecs et la préparation d’une révolte contre les Turcs. L’action la plus importante de l’Hôtel a été l’envoi de 40.000 armes dans les régions montagneuses grecques d’Épire, de Macédoine et du Péloponnèse. Certains historiens affirment que Napoléon lui-même était au courant et soutenait les actions de l’Hôtel.
Il faut souligner que l’initiateur de cet Hôtel serait une réputée intellectuelle chypriote grecque Élisabeth Sant-Lomaca-Chénier, épouse du marchand français Louis de Chenier et mère des deux célèbres poètes français de l’époque, André Chénier (1762-1794), qui a été guillotiné à la veille de la chute de Robespierre et Marie-Joseph Chénier (1764-1811). L’action de l’Hôtel a commencé, dans le célèbre salon littéraire d’Elisabeth Chenier.

Enfin, on note que Tsakalov était lui-même membre de l’Hôtel. En 1814 il a déménagé de Paris à Odessa, où l’Hôtel a évolué pour devenir la Filiki Etairia.
En 1819, le peintre Louis Dupré se rend en Grèce et décrit avec précision la vie quotidienne des Grecs ainsi que les premiers exploits héroïques des combattants de 1821.

En fait, beaucoup d’autres scientifiques français ont également fourni un travail important en Grèce.
Le Journal des Débats du 31 août 1821 fait référence au travail du grand géographe français Malte-Brun, qui a enregistré en détail la géographie et tous les éléments de la population du Péloponnèse.

Le numéro du 27 juillet 1821 du Journal des Débats se réfère au travail d’un autre français, qui a enregistré en détail les monuments culturels d’Athènes, exprimant sa crainte pour les dommages qu’ils pourraient subir pendant la guerre.
Enfin, on rappelle l’expédition française de Moree, de 15 000 hommes, dirigée par le général Maison (1828-1833), dans le but d’éloigner Ibrahim Pacha du Péloponnèse, et de mettre en œuvre le traité de Londres de 1827 pour la création d’un état grec.

La mission comprenait 17 scientifiques français, connus sous le nom Mission scientifique de Morée, qui ont cartographié le Péloponnèse et les îles de la mer Égée, étudié les monuments anciens et décrit les résultats de leurs recherches dans 6 ouvrages qui fournissent des informations importantes. L’un d’entre eux était le fameux architecte Blouet.

Ainsi, au début du 19e siècle, il se développa dans l’opinion publique, qui recevait systématiquement une éducation classique, un climat d’amour pour la Grèce et les Grecs qui souffraient sous l’empire ottoman. Ce climat domine les arts et passe ensuite à la politique. A titre d’exemple notre exposition présente une proposition soumise à la Chambre des Pairs en 1816 par le grand philhellène et homme politique Chateaubriand, en faveur de l’abolition de l’esclavage des populations chrétiennes.

Cette proposition, qui fut adoptée, fait référence aux droits de l’humanité et à la suppression de la honte en Europe. Le fléau de l’esclavage et l’enlèvement de chrétiens par les Turcs, a été représenté de nombreuses manières dans l’art.
Toutefois, Chateaubriand doit son titre de grand philhellène, a son travail Note sur la Grèce, qui a été traduit et distribué partout en Europe, étant reconnu comme le manifeste du philhellénisme durant la révolution de 1821.

Du moment que la révolution grecque fut connue en Europe occidentale, les journaux ont commencé à être inondés quotidiennement des nouvelles sur les opérations militaires et les développements politiques. On présente le journal français La Quotidienne du 12 Juin 1822, qui se référé aux massacres des grecs par les turcs, annonce la libération d’Athènes, etc. Un point très important à noter est que ce journal utilise pour la première fois le terme « la Grèce » pour désigner les territoires contrôlés par les combattants grecs.

Une autre édition du journal français Le Journal de la France, du 16 Janvier 1827, fait référence à l’officier français Fabvier et d’autres Philhellènes qui combattaient en Attique.

Alors que l’édition du 15 Juin 1827, décrit les négociations du commandant Français de Rigny, avec Rachid Pacha pour la protection des Athéniens.

Cet intérêt intense pour la Révolution de 1821 se reflète également dans la littérature.

Depuis 1821, plus de 2000 œuvres littéraires (poèmes, pièces de théâtre, dépliants de contenu historique et politique, etc.) ont été écrits et diffusés à l’échelle internationale, se référant à la révolution grecque, faisant l’éloge des grecs. Parmi les auteurs on trouve les académiciens Guiraud et Casimir Delavigne, Victor Hugo et Alphonse de Lamartine.

On se réfère sur deux cas impliquant Missolonghi, qui a démontré à l’opinion publique européenne que la Grèce héroïque des Thermopyles était bien vivante. Une lettre du compositeur italien Pacini (qui vivait à Paris), témoigne de ce climat. Pacini offre son œuvre musical sur Missolonghi à vendre pour un franc par exemplaire, demandant que l’argent soit donné au Comité grec Philanthropique (voir plus bas).

Le « dernier jour de Missolonghi » était un drame théâtral très emblématique de l’époque. On trouve ce livre faisant partie de la bibliothèque personnelle de Marie-Caroline de Bourbon-Sicile, duchesse de Berry (1798-1870) du château de Rosny.

Plusieurs peintres ont produit au début des années 1820, beaucoup d’œuvres d’art avec des thèmes inspirés par la révolution grecque et le sort des grecs luttant pour leur Independence.
Le cas du jeune (à l’époque) peintre Eugene Delacroix est remarquable avec ses œuvres choquants « La destruction de Chios » et « La Grèce sur les ruines de Missolonghi ».

Un grand nombre de peintres ont produit des œuvres sur toile, papier, métal ou tapisserie, montrant des révolutionnaires en 1821, des scènes de combat entre grecs et turcs, des réfugiés grecs, le serment du combattant grec, etc.

La solidarité aux grecs, se manifesta aussi de manière effective, à travers de la mise en place des comités philhellèniques, avec la participation de personnalités de l’époque. Ces comités offraient une aide aux grecs en révolte. Ils soignaient les réfugiés qui avaient fui vers l’Europe, ils facilitaient le transfert des volontaires philhellènes en Grèce et ils organisaient des collectes de fonds à envoyer en Grèce ou à utiliser pour le rachat des prisonniers et des esclaves grecs.

On connait plusieurs importants philhellènes membres du premier comité intitulé « Société de la Morale Chrétienne ». Il s’agit des sénateurs français, le duc de la Rochefoucault-Liancourt (qui était le président du comité), le duc de Broglie, ainsi que d’autres députés, des banquiers, etc.

Les membres comprenaient également des grecs qui vivaient à Paris, comme Adamantios Korais. Le comité organisait des collectes de fonds auxquelles contribuaient des personnalités connues, mais aussi des simples citoyens.

Une organisation plus active est fondée en février 1825, à Paris. La « Commission Philanthropique en faveur des Grecs ». Ce nouveau comité philhellénique a des objectifs beaucoup plus larges, visant à collecter de l’argent pour aider les grecs aussi sur le plan militaire. Pendant ce temps, la « Société de Morale Chrétienne » a continué à aider, en particulier dans le domaine de l’éducation, s’occupant de la formation en France des orphelins grecs. La Société a aussi envoyé son membre Dutrone en Grèce, pour organiser un système scolaire.

On observe un mouvement philhellène équivalent dans d’autres villes, comme à Marseille, Lyon et Strasbourg.

Les comités, et plusieurs membres du gouvernement français étaient en contact permanent avec les grecs. On voit plus bas une lettre de 1824 de Démétrios Ypsilantis au ministre de la Justice en France, demandant le soutien du gouvernement français.

On note que Ypsilantis avait un proche collaborateur français, le philhellène Olivier Voutier, qui a reçu grade de colonel, puis de général de l’armée grecque. Voutier s’est battu durant le siège de Tripoli et à Athènes, ou il a aidé les grecs à utiliser l’artillerie.

Ce climat philhellénique s’est généralisé et il a marqué la société française. Presque chaque maison disposait d’un ou plusieurs objets relatifs à la Grèce et au combat des grecs. Souvent, une partie des revenus provenant du commerce de ces objets finançait des actions en faveur des grecs.

On a enregistré environ 150 différents types de pendules en bronze ayant comme thème la révolution de 1821 et des scènes associées à la lutte des grecs.

De nombreux types de vaisselle en porcelaine avec une pluralité d’illustrations. Des vases décoratifs et statuettes en porcelaine, des boîtes de rangement, et des jeux de table et des cartes, ainsi que des éventails avec de thèmes philhellènes, utilisés par les dames en France.

    

On voit plus bas l’éventail philhellénique officiel du concert du 28 Avril, 1826 à Vauxhall à Paris. Cet évènement a marqué un moment historique du mouvement philhellène en France, qui constitua en même temps l’événement le plus en vogue de l’époque. Toutes les grandes dames de l’aristocratie, sont montées sur scène et ont chanté en faveur du peuple grec. Un côté de l’éventail indique «Cantate chantée au concert du Vauxhall», et l’inscription: «A la Patrie. Mourons pour la défendre et vivons pour l’aimer». En gauche drapeau et à droite corne d’Amalthée avec les dons généreux de Philhellènes. De l’autre côté les noms des participants-organisateurs.

La Société pour l’Hellénisme et le Philhellénisme, en collaboration avec l’Ambassade de la France en Grèce, ont rendu hommage à la mémoire de tous ces français, dont les noms sont connus ou inconnus, qui ont soutenu avec une passion unique, la lutte du peuple grec pour gagner son indépendance, avec un concert de musique Philhellénique du 19eme siècle.